Qu’est-ce qu’un Makam ?

Le Makam est un système musical qui permet de composer ou d’improviser des mélodies.

Ce système est utilisé de la Chine au Maghreb, sous des appellations différentes :

  • Maqâm chez les arabes et les cachemiris
  • Makam chez les ottomans (turcs)
  • Maqôm chez les ouzbeks
  • Mouqâms chez les ouïghours
  • Dastgâh chez les iraniens
  • Mougham chez les azéris

Par commodité nous utiliserons le jargon et les éléments du système du makam ottoman (turc), car c’est un système très complet et bien théorisé. La notion de makam désigne principalement :

  • Une gamme
  • Des règles à suivre pour composer et improviser

I – LA GAMME

1. Généralités

La gamme d’un makam est composé de 2 groupes de notes :

  • Un groupe de 5 notes qui se suivent (ou pentacorde)
  • Un groupe de 4 notes qui se suivent (ou tétracorde)

Par exemple, la gamme do re mi fa sol la si do, correspond au makam Çargâh (prononcer “tcharga”). Elle est composée du pentacorde do-re-mi-fa-sol, et du tétracorde sol-la-si-do.

La gamme du makam Çargâh

En règle générale, les makams sont composés d’un pentacorde et d’un tétracorde.

Dans le makam Çargâh, par exemple la gamme commence par un pentacorde et finit par un tétracorde, mais ce n’est pas toujours le cas.

Dans le makam Kürdi par exemple, c’est l’inverse :

Comme on le voit sur ces portées, dans la gamme d’un makam certaines notes sont plus importantes que d’autres :

  • La tonique 1, c’est à dire la 1ère note
  • La dominante, c’est à dire la 4ème (dans le makam Kürdi) ou la 5ème note (dans le makam Çargâh)
  • La tonique 2, c’est à dire la 8ème note

Pour Çargâh par exemple, il s’agit de :

  • Tonique 1 : do
  • Dominante : sol
  • Tonique 2 : do aigu

2. Les Intervalles

Chaque note de la gamme est séparée de la suivante par un intervalle. La somme des intervalles d’un pentacorde est toujours de 3,5 tons, celle d’un tétracorde est toujours de 2,5 tons.

Dans les makams Çargâh et Kürdi, les intervalles entre 2 notes qui se suivent sont de 1 ton ou de 1/2 ton. Mais ce n’est pas le cas pour tous les makams. Dans certains makams, il y a des intervalles de un peu plus d’1 ton, 1 peu moins d’un ton, mais aussi 1,5 tons, et parfois moins ou plus d’1/2 ton. Certains intervalles peuvent aussi changer en cours d’interprétation pour donner plus d’expressivité.

C’est la raison pour laquelle dans le système du Makam Turc, chaque ton est divisé en 9 commas.

C’est le bon moment pour rappeler que si l’on possède un instrument tempéré (guitare frettée, piano), on ne pourra jouer que peu de makams et notre expressivité sera limitée.

Cette aspect des intervalles sera développé plus loin.

II – LES RÈGLES

  1. Généralités

Nous avons maintenant des matériaux à disposition (les notes de la gamme). Il nous faut maintenant des règles (une notice d’utilisation du makam), qui vont nous permettre de réaliser une mélodie, qu’elle soit une composition ou une improvisation.

Dans le système du makam, la mélodie est vue comme une succession de phrases mélodiques. Chaque phrase mélodique met en valeur une note, généralement la note par laquelle la phrase se termine. Nous appellerons ces phrases des cadences (à ne pas confondre avec les cadences harmoniques de la musique occidentale). Il y a 3 types de cadences :

  • La cadence parfaite : la phrase mélodique met en valeur la tonique
  • La demi – cadence : la phrase mélodique met en valeur la dominante (4ème ou 5ème note, selon le makam)
  • La cadence suspendue : la phrase mélodique met en valeur une des autres notes de la gamme 

Attention, dans chaque makam il y a des notes spécifiques sur lesquelles on peut réaliser des cadences suspendues. Les notes sur lesquelles on ne peut pas réaliser de cadence sont des notes de passage.

On peut donc dire que une composition ou une improvisation dans un makam est une suite de cadences.

  1. le début de la mélodie

Chaque makam possède une règle pour commencer la mélodie.

Il y a 3 possibilités :

  • Cadence parfaite sur la tonique
  • Demi cadence sur la dominante
  • Cadence parfaite sur la tonique 2 (l’octave)
  1. Le développement de la mélodie

Pour développer la mélodie, il faut jouer des phrases mélodiques finissant par une cadence parfaite, une demi cadence ou une cadence suspendue.

Ces phrases mélodiques peuvent également intégrer des éléments typiques du makam :

  • Des motifs mélodiques spécifiques
  • Des modulations
  1. La fin de la mélodie

La mélodie se termine toujours sur la tonique. Selon le makam, il peut s’agir de la tonique ou de la tonique 2.

  1. Exemple de mélodie en Kürdi :
  • Tonique : la
  • Dominante :
  • Autre note importante : do

CONCLUSION

Le makam est un système dont la fonction est de créer des mélodies. Ses principes sont simples :

  • Une gamme composée d’un tétracorde et d’un pentacorde
  • Des règles d’utilisation qui régissent la manière dont on commence, développe et conclue la mélodie.

Ces principes permettent de composer ou d’improviser des phrases musicales qui se termine par des cadences. 

Il y a 3 types de cadences : cadence parfaite, demi cadence, et cadence suspendue.

Certains makams intègrent également des éléments spécifiques, comme des motifs mélodiques ou des modulations.

Il existe des makams simples, comme ceux que nous avons vu plus haut, et des makams plus complexes qui utilisent plusieurs gammes, avec des règles spécifiques.

Pour aller plus loin dans la découverte des makams, consultez notre article : Makam et Intervalles

2 réflexions sur “Qu’est-ce qu’un Makam ?

  • 12 juillet 2022 à 10h49
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    Article tres clair et pédagogique. Merci Ashmi!
    C’est une bonne idée d’emprunter ce mot de cadence, car cela explicite tres bien le processus du maqam, mais ce serait bien d’introduire le terme en précisant la difference avec la musique occidentale.

    (qui ne passe pas par une forme de présentation progressive du mode choisi, mais utilise les cadences juste pour ponctuer un morceau de musique : soit pour le suspendre ( demi-cadence et cadences suspendues) soit pour le conclure (cadence parfaite), le reste étant composé de modulations intermédiaires en fonction de la tonalité et des tons voisins de manière relativement libres.).

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    • 19 juillet 2022 à 11h39
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      Merci pour ces précisions très pertinentes. Je vais modifier l’article.

      Répondre

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